Le Livraire
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Archives de Tag: Littérature
Sites autour de la Littérature jeunesse
Livres-enfant : Des sélections des meilleurs livres pour les enfants
Lire ado : Des conseils de lecture pour les adolescent(e)s, avec des fiches de lecture et des interview d’auteurs. Notons la section consacrée aux Classiques.
Les petits bouquins : Une sélection commentée de plus de 300 livres pour la jeunesse et les adolescents, de 0 à 16 ans.
Lecture jeunesse : Le site d’une association qui œuvre pour le développement de la lecture auprès des adolescents et des jeunes adultes. Elle s’adresse plutôt aux professionnels et propose des formations et publie également une revue. Quelques articles et chroniques sont cependant disponibles en ligne, par exemple un lien vers La petite bibliothèque idéale à destination d’adolescents.
Lire aux enfants : Ce site s’adresse aux adultes cherchant des ouvrages de qualité à destination des plus jeunes. Sont proposées des sélections d’ouvrages par âge, mais aussi par temps de lecture, ce qui peut s’avérer très pratique et permet d’éviter de se laisser déborder par une histoire qui n’en finit pas.
Work in progress (1)
Note : Cet article inaugure la section Work in progress qui regroupera différents questionnements autour de l’écriture et de la littérature.
Que les choses soient claires : je ne suis une spécialiste de rien du tout et je sais que bon nombre de gens sont infiniment plus cultivés et plus calés que moi pour ce type d’exercice, et que leurs réponses seraient indéniablement meilleures et plus complètes. Je n’ai même pas la prétention d’avoir réellement une réponse valable. À l’instar du blog tout entier, il s’agit seulement de partager certaines hypothèses, certaines pistes sur des aspects qui m’interpellent à certains moments.
* * *
La question est venue d’elle-même au cours d’une discussion : qu’est-ce qui fait que les romans d’un écrivain finissent, dans certains cas, par s’appauvrir ? (La question ayant été posée de manière beaucoup plus abrupte et concernant un écrivain précis, sur lequel je serais bien en peine de disserter, n’ayant lu de lui que des entretiens à propos de la littérature. Ceci étant, la question était intéressante.) Quels processus agissant à un moment dans la création se mettent plus ou moins soudainement à faire défaut ?
On parle de littérature de l’indicible pour désigner la littérature autour de l’expérience concentrationnaire, mais j’ai tendance à penser que c’est toute la vie qui est indicible. Quand Kertész dit : « Même si je parle d’autre chose en apparence, je parle d’Auschwitz. Je suis le médium de l’esprit d’Auschwitz, Auschwitz parle par moi. » c’est quelque chose que bien des écrivains pourraient dire : leurs obsessions, conscientes ou non, ne les quitte jamais et finissent par dessiner à travers leur œuvre de grands motifs aux nuances si variées que l’esprit ne les distingue pas toujours. La puissance d’une expérience n’est pas obligatoirement lié à un degré intrinsèque d’intensité, mais dans la façon dont elle va résonner dans la vie pour finalement toucher quelqu’un, un peu comme ces nombreux ricochets d’un galet jeté sur la mer et dont les ondes de chocs seront perceptibles longtemps après qu’il ait coulé. Il ne s’agit pas de remettre en question le statut particulier de la littérature de l’indicible et encore moins de minimiser l’expérience concentrationnaire qu’elle s’attache à relater, mais bien de mettre en lumière l’alchimie inexplicable que constitue une vie humaine et sa trajectoire, que la littérature s’attache à retranscrire, quel qu’en soit le fragment prélevé et la manière dont ce fragment sera retranscrit.
Le médium, c’est l’écrivain, une sorte de prophète halluciné qui ne cesse de hanter certains chemins connu de lui seul, le conteur qui s’attache à transmettre des voix parfois aussi improbables qu’impétueuses. (ce qui ne veut pas dire un ramassis de galimatias : L’Eau et les Rêves de Bachelard est sans doute pour moi un des meilleurs exemples de cette figure du "prophète halluciné".) Je pense que l’on ne décide pas réellement d’écrire. Il se produit un jour une mutation qui engendre silencieusement un monstre et on découvre que le seul moyen de le calmer et de le nourrir de mots. Concrètement, ce monstre peut porter un nombre infini de nom : on peut dire qu’il est une conscience politique, un besoin d’habiter le monde, un sentiment géographique, un déracinement…
Ceci étant posé -maladroitement, certes- qu’est-ce qui fait qu’un jour, cette source se tarit, que les écrits ne parlent plus et que tel ou tel ouvrage sera perçu comme creux, inepte ? Quelles ruptures mystérieuses dans le processus aboutissent à cette situation ?
Paradoxalement, à force de nourrir le monstre, à force de puiser inlassablement dans ses réserves on peut finir par l’épuiser : le terreau de création devient progressivement stérile. Le message et ses tentatives inlassables de transmission finit par se brouiller lui-même, l’essence première se dissout pour ne devenir qu’un verbiage creux et sans substance.
Quand le message est politique -mais d’une certaine façon, tous les messages ne sont-ils pas, de près ou de loin, politiques ? – une vision trop constante, ou au contraire trop dispersée, finit peut-être par l’appauvrir. Un déracinement brutal ou un enlisement gâte alors tout le reste, le pourrissant jusqu’à ce que le médium renouvelle sa voix, consciemment ou non. Si cette question est moins relative au fond qu’à la forme, on pourrait alors considérer qu’une volonté de trop bien faire momifie l’expression première, la langue s’enlise et le colosse ne bouge plus.
Les mouvements littéraires, les écoles de pensées seraient donc, à l’instant même de leur création, voués à mourir, que ce soit par un immobilisme sclérosant ou par une évolution qui finira par être tellement éloignée de l’impulsion de départ qu’elle n’aurait plus grand chose à voir avec elle.
Délicieuses pourritures – Joyce Carol Oates
Philippe Rey
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Claude Seban
Titre original : Beasts
ISBN : 978-2-848-760-025
Quatrième de couverture :
Une prestigieuse université féminine de la Nouvelle-Angleterre dans les années 75.
On conteste plus que jamais les valeurs bourgeoises sur fond de drogues, de cigarettes, d’art et de poésie. Gillian Brauer, 20 ans, brillante étudiante de troisième année, voudrait briller encore davantage aux yeux de Andre Harrow, son charismatique professeur de littérature, qui a décidé de faire écrire et lire en classe à ses élèves leur journal intime. Il n’octroie ses compliments qu’aux confessions les plus osées ce qui génère surenchères malsaines et incidents ravageurs parmi des filles survoltées, avides de retenir l’attention – et plus – du maître.
Tentatives de suicide, incendies inexpliqués, anorexie, somnifères, tous les éléments d’un drame annoncé sont réunis avec, dans un rôle d’une épaisseur glauque, la mystérieuse Dorcas, l’épouse – française – d’Andre, sculptrice, collectionneuse d’affreux totems. Et grande prêtresse de ces amours vénéneuses dont Joyce Carol Oates nous offre ici le récit haletant, à la morale superbement perverse.
Mon avis :
On retrouve, dans Délicieuses pourritures, les grands thèmes chers à Joyce Carol Oates : des personnages de femmes ambigües, la peinture d’une sexualité forte, sans concessions et une remise en question sarcastique de la société.
L’histoire se déroule presque entièrement à huis-clos au sein du campus, où quelques incendies d’origines criminels ont eu lieu, la tension entre les élèves monte et chacune y va de sa théorie personnelle sur l’identité du ou de la coupable. Sa location et une série d’action (les incendies/le cottage de fille/certains traits du personnage principal, Gillian Brauer) ne sont pas sans évoquer un autre de ses romans Fille noire, fille blanche (paru en octobre 2009).
Tout est cristallisé autour de ce professeur de littérature, Andre Harrow, homme énigmatique et séduisant pour lequel ses étudiantes rivalisent d’une audace malsaine dans le but d’attirer son attention. Il est pour elles un personnage fascinant au sens littéral du terme : dans la Rome Antique, le fascinus était l’incarnation du phallus divin. Tout à fait conscient de son pouvoir sexuel, Andre en use largement. A l’instar de la plupart des personnages "forts" de Oates, il paraît se situer en deçà de la morale habituelle. Une part de notre éducation à tendance, sinon à le condamner, sinon à vouloir porter un jugement sur ses actes – suivant notre position habituelle et à notre ouverture d’esprit par rapport à la sexualité, à la morale, etc…-
Cette attirance physique est sans doute augmentée par sa position sociale et, davantage encore, par sa culture, à moins qu’elle ne provienne de là. Il est clairement, aux yeux de ses élèves une sorte d’initiateur.
Sur un autre plan, sans doute plus intellectualisé, on peut considérer que lui et Dorcas ne sont en réalité que des alchimistes réalisant leur Grand Œuvre, la source réelle de ce pouvoir sexuel résidant dans la Littérature et dans les Arts Bruts. Je ne connais pas suffisamment le domaine de l’art, et encore moins de l’art brut pour me risquer à faire une comparaison, mais les œuvres citées présentent toutes un caractère subversif et sexuel flagrant : D.H Lawrence et son poème La Pêche, qui est en fait ni plus ni moins qu’une description du sexe féminin. W.B Yeats et un extrait de Léda et le Cygne (où il n’est ni plus ni moins question d’autre chose que d’un viol). A noter que les extraits dont il est question n’ont absolument rien de pornographiques ou de choquant. La sexualité et le désir n’ont au départ
rien de pervers, ce sont la manière dont les personnages la vivent qui la dénature complètement.
Le titre original, Beasts, est très révélateur de cette extrême sexualisation des rapports humains que décrit le roman. L’humanité et la bestialité vont de pair, mais on peut se demander ce qui est vraiment propre à l’homme et ce qui est vraiment propre à l’animal en nous, qui a à apprendre de l’autre ? Ce qui frappe, c’est finalement cette présence liée du sexe et de la punition qui semble en découler obligatoirement (comme dans Confessions d’un gang de fille ou encore Man Crazy).
Il n’y a pas de réelle victime ou de réel coupable, c’est seulement notre degré d’implication en tant que lecteur, notre sensibilité personnelle qui est à même de décider que penser des actes que nous lisons tandis qu’ils se produisent. En dépit des premières apparences, Gillian Brauer n’est pas non plus un personnage faible ou une pauvre adolescente acculée au désespoir. Elle n’est ni pire ni meilleure que les autres.
Délicieuses pourritures est un roman aux personnages puissants. Les femmes qu’elle décrit sont complexes, énigmatiques et souvent dérangeantes, loin des images d’Epinal.
Dans un style claire, précis et relativement court par rapport à des romans plus conséquents comme Blonde ou Nous étions les Mulvaney, il constitue, à mon avis une très bonne entrée dans l’oeuvre de Joyce Carol Oates si vous ne la connaissez pas encore.
Découvrir la littérature allemande
M’occupant assez régulièrement du rayon de littérature allemande (ou pour être plus juste, de la littérature germanophone contemporaine), je me suis rendue compte que je m’y connais assez mal dans ce domaine ; mis à part quelques classiques, au hasard Goethe ou encore quelques noms très connus comme Süskind.
Mes sept années d’allemand m’auront permis de découvrir Dürrenmatt, d’avoir une indigestion de Brecht et de rabâcher Die Lorelei et Erlenkönig, mais pas d’acquérir une culture littéraire, ne serait-ce que d’un point de vue théorique.
Mieux vaut tard que jamais et j’ai décidé de combler mes lacunes. Cette liste est complètement subjective, je n’y ai mis que les auteurs qui me tentent, a priori. Je n’accrocherais probablement pas avec tous les auteurs et cette liste se verra très certainement modifiée d’ici l’an prochain (je me fixe jusqu’au 31 octobre 2010 pour ce tour d’horizon).
- Stephan Zweig
- Joseph Roth (lu Les fausses mesures)
- Rainer Maria Rilke
- Günter Grass (lu Le Tambour)
- Ilse Aichinger
- Christine Lavant
- Thomas Bernhard
- Gerhard Meier
- Herman Hesse, Le loup des steppes
- Walter Benjamin, Sur le haschich (enfin, si je le trouve…)
- Ingeborg Bachmann
(à suivre…)
La Reine des lectrices – Alan Bennett
Traduit de l’anglais par Pierre Ménard
ISBN : 978-2207260128
Titre original : The Uncommon Reader
Présentation de l’éditeur :
Que se passerait-il outre-Manche si, par le plus grand des hasards, Sa Majesté la Reine se découvrait une passion pour la lecture ? Si, tout d’un coup, plus rien n’arrêtait son insatiable soif de livres, au point qu’elle en vienne à négliger ses engagements royaux ? C’est à cette drôle de fiction que nous invite Alan Bennett, le plus grinçant des comiques anglais. Henry James, les sœurs Brontë, le sulfureux Jean Genet et bien d’autres défilent sous l’œil implacable d’Elizabeth, cependant que le monde empesé et so british de Buckingham Palace s’inquiète : du valet de chambre au prince Philip, d’aucuns grincent des dents tandis que la royale passion littéraire met sens dessus dessous l’implacable protocole de la maison Windsor. C’est en maître de l’humour décalé qu’Alain Bennett a concocté cette joyeuse farce qui, par-delà la drôlerie, est aussi une belle réflexion sur le pouvoir subversif de la lecture.
Mon avis :
Court roman, La Reine des lectrices se lit d’une traite, porté par une narration impeccablement calibrée où chaque mot se fait l’écho du précédent et où le résultat est un humour typiquement anglais, fin et caustique. Le personnage principal ce n’est pas la reine d’Angleterre, ni même ce protocole stricte et ses gardiens qui se trouvent généreusement égratignés, non plus que les livres. Le véritable personnage central, l’héroïne ici, c’est la Littérature, cette maîtresse glaciale qui allume en nous un feu dévorant, une passion inextinguible et que l’on ne cherche plus qu’à assouvir, à n’importe quel prix. La trame, c’est-à-dire Sa Majesté qui découvre accidentellement la littérature, rencontre qui, à un cheveu près, a failli avorter, puis cette relation qui se noue, de plus en plus importante, au mépris des avis de son entourage, au mépris de tous ses devoirs, cette relation qui la transforme et de manière ô combien profonde -vous vous en rendrez compte seulement dans les dernières lignes- est semblable à celle de beaucoup d’histoires d’amour, de passions dévastatrices.
Véritable nid de suggestions de lectures -de Virginia Woolf à Andy McNab en passant par Ivy Compton-Burnett, Vikhram Seth, Ian McEwan, Ted Hughes ou encore Marcel Proust…- La Reine des lectrices n’est peut-être pas le livre du siècle d’un point de vue strictement littéraire, mais c’est certainement un petit-chef d’oeuvre d’humour, et il possède une qualité essentielle : il donne envie de lire, de découvrir. Sa lecture très facile et agréable ne fait que renforcer ses atouts. Peut-être s’avérera t-il d’un précieux secours pour tous ceux qui rêvent de faire partager les innombrables plaisirs du texte à ceux qui ne voient en la lecture qu’un pensum appartenant au monde scolaire.
Pour la petite anecdote, la titre original The Uncommon Reader est très vraisemblablement une allusion à un essai de Virginia Woolf intitulé The Common Reader (Le Commun des lecteurs en français), essai constitué d’articles sur la littérature.

